Strasbourg 2017//Compte rendu écrit du débat-Aide à l’écriture(Episode 2)

vendredi 24 novembre 2017 de 10h00 à 17h30
CDCN Strasbourg avec la Biennale Exp.Edition

En écho à la 1ere rencontre autour de l’aide à l’écriture organisée en 2015 (consultable et réécoutable ici), Chorégraphes associé.e.s approfondit le sujet :

• 10h-12h30 > Ateliers et Rencontre d’écritures •
Avec – Marjorie Burger, chorégraphe
Marinette Dozeville, chorégraphe
• 14h30-17h> Débat •
Avec – Bernard Baumgarten, directeur artistique du 3-CL (Luxembourg)
Chéryl Gréciet, Chargée de la programmation culturelle au Frac Lorraine
Marjory Duprés, chorégraphe
Joëlle Smadja, directrice artistique de Pole-Sud, CDCN Strasbourg


COMPTE RENDU DU DÉBAT

Un premier tour de table présente les invités et les participants.
Un retour d’expériences est partagé concernant les ateliers du matin, ceci en lien avec la thématique du débat : aide à l’écriture.

D’après les participants, l’écriture chorégraphique des deux intervenantes chorégraphes de la matinée a été lisible lors de l’atelier. Les deux cheminements d’écritures se sont révélés différents et en même temps complémentaires.

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© SCA

Pour Marjorie Burger, nous avons exploré comment le regard crée un espace en se posant sur l’environnement, ce qui crée une écriture de par le mouvement et l’attention générés. Pour Marinette, il est question de partager une partie du training des interprètes dans le but d’expérimenter comment naît son écriture ; il ne s’agissait donc pas de transmettre un extrait de répertoire.

Les retours d’expérience :
Dans ces ateliers, ce qui est en jeu est le rapport entre l’espace intérieur/l’intime avec le périphérique/l’espace extérieur. Rendre visible ce qui est invisible.
Comment le corps et l’espace se rencontrent ?
C’est cela qui permet sans doute de poser une écriture.
Il est noté également la force du lexique employé chez chacune des deux chorégraphes et en quoi cela crée un univers et une écriture.


Une fois le partage fini, nous mettons en place la rencontre de l’après-midi. Cela se déroule à la danse-othéque, espace conviviale du CDCN où plusieurs espaces de travail sont aménagés.

Micheline Lelièvre, modératrice, explique le dispositif d’atelier aux participants.
Trois grandes questions sont posées.
Quatre groupes de travail sont constitués. Ils sont menés par un invité du débat :
Bernard Baumgarten, directeur artistique du 3-CL (Luxembourg) ; Chéryl Gréciet, chargée de la programmation culturelle au Frac Lorraine ; Marjory Duprés, chorégraphe ; Joëlle Smadja, directrice artistique de Pole-Sud CDCN Strasbourg.

Chaque groupe a un temps d’échanges informels autour de la question pendant quelques minutes. L’invité est chargé de recueillir les propositions de réponses et de les partager lors d’une mise en commun.

A chaque nouvelle question, le groupe doit changer de participants et aussi d’espace de travail dans le but de mettre la pensée en mouvement…

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© SCA

Voilà un résumé des questions et des propositions :

Question 1
Quels serait pour vous le moyen le plus farfelu pour aider à l’écriture que vous soyez auteur ou accompagnateur d’auteur ?

Groupe 1 avec Marjory Duprés
La notion de Laboratoire se révèle comme une réponse à cette question. Ce moment est à imaginer et à concevoir avec l’aide d’autres personnes, avec des intervenants extérieurs tels que des universitaires par exemple…
La question de lier ce Laboratoire à la production d’un spectacle est un choix de l’auteur, de comment il souhaite écrire, et de ses moyens de production. C’est un choix individuel suivant ses propres nécessités.
Il est retenu que dans d’autres domaines, on emploie au sujet de cette période les termes : recherche, développement, innovation. Ces mots sont porteurs de dynamiques et de champs des possibles très intéressants pour l’écriture chorégraphique.

Parenthèse poétique sur ce moment de laboratoire :
Chéryl Gréciet nous confie qu’en Chine, la 5e saison est la période où la graine pousse dans la terre. A l’unanimité, cette nomination séduit les participants et nous décidons de l’adopter pour l’avenir !

Groupe 2 avec Joëlle Smadja
Il est convenu que le moyen de cette aide tourne autour du temps de recherche et de la possibilité de s’accorder du temps pour ce moment de laboratoire.

Ensuite, il est évoqué différentes expériences, qui créent des dispositifs novateurs et reproductibles
– une commande à 8 chorégraphes qui travaillent sur un même sujet/thème et chercher une connexion à un événement populaire
– Bernard nous fait part d’une expérience qu’il a mené dans sa structure avec un calendrier de l’avent : 24 propositions artistiques dans des lieux insolites, d’une durée max de 30 min, jouées soit le midi soit le soir.
– Autre exemple : Le réseau Grand Luxe permet à des créateurs ayant des questionnements dans leur création, dans leur écriture, d’obtenir du soutien sur ce problème grâce à l’aide l’une des structures du réseau.
En fait, ces dispositifs ont pour but de donner de la substance à l’écriture en vivant des expériences.

Groupe 3 avec Chéryl Gréciet
Ce groupe reprend l’idée du laboratoire mais il convoque l’ensemble de l’équipe artistique pour vivre un moment ensemble de résidence dans un lieu, par exemple, à la campagne.
Cette équipe serait accompagnée d’un « personne candide », non spécialiste apportant à un nouveau regard sur la création.

Groupe 4 avec Bernard Baumgarten
Le constat de départ est que les termes farfelu et institution sont antagonistes.
Cela pose la question de comment l’institution serait apte à nous proposer un outil farfelu pour nous aider.

Le temps de travail pour qu’il soit confortable pour l’auteur est découpé en 4 moments :
Temps de collectage des idées, Temps de laboratoire, Temps d’écriture, Temps de création.

Le groupe pose la problématique des Labos interdisciplinaires, quasi impossibles en France pour des questions d’aides et d’institutions. La demande d’aide doit rentrer dans des cases correspondant à des disciplines. Ce problème tend à évoluer mais cela n’est pas encore réglé.

L’idéal serait que les institutions ou les financeurs, privés ou publics, donnent de l’argent à l’auteur sans savoir ce qu’il va en faire.

Un autre piste est envisagé partir d’un autre métier comme source d’inspiration d’écriture.

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© SCA

Question 2
2/ Quel(s) jeu(x) inventeriez-vous pour générer de l’écriture ?

Groupe 1 avec Chéryl Gréciet
Le jeu vise à définir des règles et contraintes pour mettre en place un dispositif d’écriture. Est en jeu la clarté de la consigne.
Plusieurs pistes sont envisagées :
– Faire des expériences sensorielles : écrire dans le noir, travailler avec une vision floue, chorégraphier avec une donnée temps particulière avec accélération ou ralentissement des séquences de travail.
– Rajout ou supprimer des éléments perturbateurs comme un ballon, un costume, des lumières…

Groupe 2 avec Joëlle Smadja
Voilà d’autres dispositifs ludiques proposés :
– Injecter de l’inconnu ou de la contrainte : cadavre exquis comme processus de composition
– Faire des remakes de pièces de danse
– Faire intervenir le public qui compose en direct
– Travailler avec des interprètes non professionnels
– Une scénographique imposée pour un-e autre chorégraphe
– Changer les lieux de représentation : jardin, école, musée, …

Groupe 3 avec Marjory Duprés
Ce groupe a imaginé des transpositions de jeu en chorégraphie : Téléphone arabe, Dominos, Monopoly, etc.
Le côté positif est que cela fait un terreau très commun. La virtuosité n’est pas en jeu et tout le monde s’approprie le dispositif.

Groupe 4 avec Bernard Baumgarten
Ici, deux dispositifs ont imaginés :
– une traduction par d’autres artistes : la chorégraphie est réécrite par un musicien, qui lui est traduit par un acteur, ensuite par un peintre, un scénographe… La liste des possibles est longue et peut revenir au chorégraphe en dernière instance.
– une immersion en résidence nomade chez l’habitant ou dans des corps de métier différents, où le corps des travailleurs est en jeu (usine, bouchers, jardiniers…)

Question 3
Qui venant d’un monde extérieur à la danse pourrait accompagner l’auteur chorégraphe et de quelle manière ?

Groupe 1 avec Chéryl Gréciet
Voilà une 1ere proposition de corps de métier envisagés :
– hors métier artistique : chercheurs, scientifiques, universitaires…
– des professions avec des expériences de corps : ouvriers, sportifs, astronautes
– des professions avec un regard extérieur décalé : un ami, une personne handicapée, un enfant, une personne d’une autre culture, d’un autre pays, continent…
– des personnes détenant des systèmes de notation, ou des technologies d’enregistrement
– des chorégraphes de culture différente

Groupe 2 avec Bernard Baumgarten
Tout d’abord, le moment et la constitution de la rencontre sont des paramètres dont il faut tenir compte et qui vont influer sur ce qui va se passer dans la relation :
Est-ce une rencontre non planifiée ou bien un RDV fixé ?
Est ce une personne choisie ou bien croisée par hasard, avec qui on trouve un atome crochu ou pas?
Est ce le début de l’écriture ou le milieu du processus ou la fin ?

La rencontre avec un soldat qui a appris à tuer est envisagée comme un élément révélateur dans le processus d’écriture. Face à l’acte de créer comment se positionner face à l’acte contraire de tuer ?
Ce groupe se pose aussi la question de l’incarnation de l’œuvre via une personne, c’est à dire quand la personne devient une œuvre d’art et ce en quoi cela pose un problème d’écriture.
A partir de quand l’art, l’écriture et la composition deviennent œuvre.

Groupe 3 avec Marjory Duprés
Quatre types de personnes sont envisagés
– autour d’un axe de dramaturgie : le milieu du cinéma, du théâtre…
Ex : faire venir un monteur sur une chorégraphie pour qu’il apporte sa lecture et ses préconisations de composition.
– autour de la vie quotidienne et des publics dans toutes leurs diversités : immersion et rencontre avec des publics, matière autobiographique, compétences de ces publics
– autour d’un axe du savoir : scientifiques, chercheurs, experts, techniciens,…
– autour des différents medias : lexiques différents.

Axe de recherche : marcher, parler, penser

Groupe 4 avec Joëlle Smadja
Rechercher des nouvelles relations avec des structures et pas seulement des personnes :
Ce qui existe est la fondation Beaumarchais par exemple ;
– le compagnonnage, les contrats d’apprentissage, peu développés dans les milieux artistiques, le partenariat avec des structures privées – type marque, entreprise …
– des liens avec les technologies : informaticien, nouvelles technologies, utiliser les outils internet (youtube, tutos, facebook, twitter, teasers…)
– Rentrer en relation avec le spectateur


La journée se clôture à 17h.

Le déroulement de la journée s’est révélé être un succès.
Le moment d’ateliers du matin a mis en jeu notre corps tout en lançant la pensée dans un acte de mouvement et d’écriture.
L’après midi sous forme d’ateliers participatifs a permis un brassage des idées ; un véritable champ des possibles s’est ouvert grâce à la participation généreuse des personnes et de vraies préconisations autour de l’aide à l’écriture ont émergées.